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Jusqu'à la fin du XVIème siècle , Latour était une co-manoir dont les copropriétaires recevaient les revenus des agriculteurs qui cultivaient la terre. A cette époque les vignes ne couvraient pas la totalité du domaine mais la production dépassait largement les besoins. Les conditions de conservation du vin sont encore précaires et il doit être consommé dans un délai d'un an. Jusqu'à la fin du XVIIème siècle, le domaine reste aux mains de la famille Mullet, et même si l'exploitation directe remplace progressivement le système de fermage, la situation viticole n'évolue que très peu. À la suite d'héritages et de mariages successifs, le château de Latour devient la propriété d'Alexandre de Ségur qui constitue rapidement un ensemble de propriétés considérable dans le Médoc. Avec l'arrivée de cette famille commence la grande histoire du vin. Peu avant sa mort, en 1716, Alexandre de Ségur acquiert le domaine Lafite. Son fils, Nicolas-Alexandre, sera surnommé « Prince des Vignes » par Louis XV. Président du Parlement de Bordeaux, il agrandit encore les domaines en 1718 avec l'acquisition des terres de Mouton et de Calon.
Au début du XVIIIe siècle, se développent au Royaume-Uni une aristocratie et une riche bourgeoisie aux goûts raffinés, grandes consommatrices de bons vins, qu'ils soient de Bordeaux, de Porto, de Xérès ou d'autres vignobles du sud. L'exportation des vins de Bordeaux, jusqu'ici limitée en raison des différents blocus imposés par les conflits à répétition, bénéficiera d'un répit des hostilités et se développera rapidement. Cette nouvelle donne économique va également modifier la structure des domaines médocains, en expansion et d'un intérêt croissant pour la bourgeoisie et la noblesse parlementaire locale. Très vite, les vins des meilleurs domaines, dont Latour, se démarquent par leur qualité et leur prix. En 1714, un fût de Latour valait quatre à cinq fois celui du vin de Bordeaux actuel. En 1729, la proportion était de treize et en 1767 de vingt. La reconnaissance des grands vins du Château Latour n'est plus à faire.
Cette prospérité spécialisa progressivement le domaine dans son activité viticole, qui s'étendit sur 38 hectares en 1759 puis 47 hectares en 1794. A cette époque, les administrateurs du domaine entretenaient une correspondance très régulière avec les propriétaires, nous offrant aujourd'hui une richesse unique d'archives avec aussi des anecdotes souvent drôles et attachantes sur la vie des hommes et des femmes de Château Latour.
La propriété parvient, non sans difficultés, à conserver son intégrité pendant la Révolution et, surtout, elle reste dans la même famille. En 1842, les successions successives multiplient le nombre des copropriétaires et ceux-ci sont regroupés au sein d'une Société Civile qui, jusqu'en 1962, est composée exclusivement de descendants de la famille Ségur. La propriété bénéficie ainsi d'une situation absolument exceptionnelle et ce terroir unique a été classé 1er cru en 1855, dans un groupe auquel appartiennent également Lafite-Rothschild, Margaux, Haut-Brion et Mouton-Rothschild depuis 1973. Cependant, au fil des années, le grand nombre d'héritiers a conduit à la vente de la majorité des parts : le groupe financier anglais Pearson est devenu l'actionnaire majoritaire avec les 53% et la société Harveys de Bristol, plus tard. racheté par le groupe Allied Lyons, a repris 25% des parts.
En 1989, Allied Lyons rachète Pearson et possède plus tard 93 % des actions, laissant les 7 % restants entre les mains des héritiers de la famille Ségur. En juin 1993, M. François Pinault rachète les actions d'Allied Lyons par l'intermédiaire de sa holding Artémis.